jeudi 2 octobre 2008

Death Vessel - Nothing Is Precious Enough For Us


La première chose qui distingue Joel Thibodeau du tout venant nu-folk, c'est bien évidemment sa voix. Celui qui se cache derrière le pseudonyme de Death Vessel a beau être un homme, il chante comme une femme. Ou plus exactement avec la voix d'une petite fille de 12 ans. Dit comme ça, ça peut faire peur mais force est de constater que le charme opère. D'autant plus que les mélodies de Nothing Is Precious Enough For Us évoluent avec grâce et légereté comme autant de vignettes pastorales gentiment décalées. Les quelques notes électroniques de Block My Eye laissent rapidement place à la guitare acoustique de Thibodeau, toute en finger-picking discret et élégant, pour ouvrir un album qui se révelera captivant de bout en bout.
Happés par la beauté de ce tableau champêtre, on serait presque tenté de négliger la richesse et l'inventivité des arrangements conviés par le producteur Pete Donnelly. Comme ceux de The Widening, fruit d'une joint-venture improbable entre un saloon et une boîte de jazz, où le talent des compères musiciens de Thibodeau éclate. Obadiah in Oblivion et Fences Around Field sont les moments qui montrent le mieux l'attachement de Thibodeau aux musiques appalachiennes, oscillant entre saveur bluegrass et atmosphère country gothique. Plus loin, Circa se démarque sur un final en forme de chorale hippie tandis que Belt of Foam et ses cuivres ensorcelants subjuguent.


Alors qu'on craignait finalement de tomber dans l'excès de joliesse, Thibodeau prend la salutaire décision de muscler son propos. Cela donne Bruno's Torso, petit hit indie en puissance, ou Exploded View, un inattendu détour grunge. Peninsula, lui, débute comme une litanie slowcore pour mieux se terminer en exercice noisy - on n'avait jamais eu idée jusque là de juxtaposer guitares saturées et glockenspiel. C'est sûr, on n'appellera plus Death Vessel "le groupe du gars qui chante comme une fille" mais simplement, quelque part entre ses camarades de label Iron & Wine et Fleet Foxes, un nouveau trésor du folk américain.
[Chronique également publiée sur VoxPopMag]

Death Vessel - Block My Eye (MP3)
Death Vessel - Peninsula (MP3)

[MySpace]


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6 commentaires:

coolbeans a dit…

Ce qui ferait vraiment peur, ce serait un groupe dans lequel une petite fille de douze ans chanterait avec la voix d'un type à la mine patibulaire.

Acoustic in pAris a dit…

c'est la mode des mecs sans voix? Hier soir, j'ai entr'aperçu Bon Iver, vu que je suis parti avant la fin du premier morceau... ça a l'air de plaire aux jeunes... Mais là, ce Death Vessel, c'est de la hype à deux balles... Tu aimes *vraiment", Julien?

Thanu a dit…

oui oui j'aime vraiment. en général je fais pas semblant. de la hype à deux balles, tu y vas un peu fort.

Quant à Bon Iver, je crois pas qu'on puisse dire qu'il n'ait pas de voix, bien au contraire... c'est sûr que c'est pas un chanteur traditionnel.

Acoustic in pAris a dit…

Pour la "hype à deux balles", seul l'avenir nous le dira ;-)

mais tu vois, je n'aurais jamais fait Bon Iver à la Pomme d'Eve, comme je n'ai pas fait Jason Mraz qui a rempli en deux jours... J'ai quand même du mal à qualifier Bon Iver de "folk". L'important étant simplement que chacun prenne son plaisir où il le trouve et que nous continuions chacun de notre côté à parler des artistes qui nous donnent ce plaisir. Tiens, je viens de découvrir Alela Diane après le monde entier ;-) Tout n'est pas perdu!!!

Thanu a dit…

Bon Iver à la Pomme d'Eve, ça aurait eu de la gueule! ;-)

lucie béluga a dit…

moi j'aimerais bien que tu parles de Guggenheimers, c'est un jeune groupe et je n'arrive pas tellement à trouver de trucs sur eux... je pense qu'ils méritent d'être connus