mardi 8 janvier 2008

Bilan 2007 - Top 10, etc...

Le top 10 (par ordre alphabétique) :
[Les MP3 changeront au fil des jours... donc revenez vite!]


Sarah Borges And The Broken Singles - Diamonds In The Dark
Tout simplement pour l'amour du fun : cet album est une vague de plaisir du début à la fin. Borges évolue avec une joie confondante de la country au rock en passant par la pop 60's. Ses reprises de Dolly Parton, X et Tom Waits sont des réussites et ses morceaux à elle sonnent comme de futurs classiques. [Stop And Think It Over (MP3)]


Tom Brosseau - Grand Forks
Le concept de l'album se base sur l'inondation qui frappa la ville de Grand Forks, Dakota du Nord, en 1997. Brosseau rend compte de la dévastation et de ses situations dramatiques d'une voix qui vous remue les sangs. Mais du drame naît également un élan de solidarité rassurant et un espoir que Brosseau sublime tout aussi sincèrement. [Fork In The Road (MP3)]


Dolorean - You Can't Win
Peu d'albums témoignent aussi bien du sentiment d'impuissance que You Can't Win. Les plages glacées et brumeuses de l'Oregon semblent servir de décor aux chansons désenchantées d'Al James : le constat est sans pitié mais la musique est belle. [We Winter Wrens (MP3)]


The Everybodyfields - Nothing Is Okay
Assurément l'album le plus chargé en mélancolie de l'année. Fiddle, lap steel et vocaux plaintifs semblent s'être donné le mot pour composer les plus belles chansons tristes possibles. Ce qui n'empêche pas quelques sursauts de rage bien savoureux. [Aeroplane (MP3)]


Mary Gauthier - Between Daylight And Dark
Difficile de parler de cet album tant ces chansons vous prennent à la gorge, vous cloue au sol, vous oblige au silence. Le sud gothique, le fantôme de Katrina, les outcasts et les freaks de l'Amérique triomphante tissent la trame de ce chef d'oeuvre produit par Joe Henry. [Last Of The Hobo Kings (MP3)]


Miranda Lambert - Crazy Ex-Girlfriend
LA sensation country de 2007, qui est allée jusqu'à émoustiller les plus intègres des indie-kids américains. Son personnage de femme bafouée prête à en découdre marche à la perfection. Aussi à l'aise dans le gros rock revanchard que dans les ballades traditionnelles, elle impressionne par ses choix de reprises réussies (Gillian Welch, Patty Griffin, Emmylou Harris) et des originaux loin de faire pâle figure.


The Mendoza Line - 30 Year Low
De règlements de comptes en phrases assassines, cet album de rupture aurait pu sonner comme une interminable scène de ménage. Il n'en est rien : Shannon McArdle et Thimothy Bracy jettent leurs dernières forces dans la bataille et l'auditeur assiste aux hostilités, émerveillé. C'est beau un groupe qui meurt. [Tell It To The Raven (MP3)]


The Mother Hips - Kiss The Crystal Flake
Un festival de guitares trempées du soleil de Californie, des mélodies gigognes, des harmonies vocales en veux-tu en voilà : les Mother Hips ne nous laissent pas souffler une seconde sur leur 6ème album. Mais pourquoi ne sont-ils pas des stars? [Confirmation of Love (MP3)]


Son Volt - The Search
The Search
se démarque assez notablement du reste de la production du groupe de Jay Farrar par ses arrangements biscornus et sa volonté affichée d'un certain défrichage sonique. Mais le propos reste toujours (politiquement) impliqué et Son Volt un groupe intrinsèquement supérieur à Wilco (non j'y crois pas j'ai osé!). [Circadian Rhythm (MP3)]


Lucinda Williams - West
Sa voix respire littéralement la peine et la souffrance. Que ce soit un ancien amour ou sa mère disparue (ou les deux à la fois), Lucinda Williams chante la douleur de la perte avec un abandon qu'on ne lui avait pas connu pas jusque là. Mais heureusement, ces mantras, ces lignes sans cesse répétées, révèlent au fil des écoutes leurs vertus apaisantes. [Where Is My Love? (MP3)]

-------------------------------------------------------------------

Une alternative :


Meg Baird - Dear Companion
Les chansons de Meg Baird dégagent une sorte de romantisme courtois qui d'emblée la place à part dans la flopée de chanteuses folk récemment apparues. Entre ses mains, un morceau de Jimmy Webb passe pour un trésor exhumé d'un âgé révolu et un traditionnel écossais du 18ème siècle nous est soudain plus proche. [All I Ever Wanted (MP3)]


Ryan Bingham - Mescalito
Ce desperado texan à la biographie étonnante signe un premier album percutant dans la veine de Joe Ely et d'autres illustres songwriters du Lone Star State. [Boracho Station (MP3)]


Mary Chapin Carpenter - The Calling
Parler d'album de la maturité serait inapproprié car Mary Chapin Carpenter a toujours écrit des chansons réfléchies et pleine de sagesse. Mais The Calling la montre arrivée à la plénitude de son talent de chroniqueuse des désordres amoureux et sociétaux. Et puis sa voix est toujours si admirablement posée que les frissons parcourent l'échine de l'auditeur tout au long de ce superbe album. [On And On It Goes (MP3)]


Nellie McKay - Obligatory Villagers
Le seul défaut de cette fille c'est qu'elle est trop talentueuse. Obligatory Villagers tient en 30 minutes alors qu'on l'imaginerait à peine épanouie sur une fastueuse scène de Broadway, décors grandiloquents, chorale exaltée et orchestre rutilant. Le jour où elle déploiera ses ailes, rien ne pourra l'arrêter!


Maria McKee - Late December
Maria McKee impose indiscutablement le respect : une longétivité remarquable et pas une seule faute de goût. Sur Late December elle continue à nous surprendre, nous ravir, nous charmer. [Cat In The Wall (MP3)]


The New Pornographers - Challengers
Des morceaux plus calmes, un regard introspectif et une pochette ridicule : l'album de la maturité quoi! Quel groupe avec trois si fortes personnalités serait capable d'un album si génial? Ne cherchez pas, ils sont les seuls! [Adventures In Solitude (MP3)]


Oakley Hall - I'll Follow You
On suivrait ces aventuriers du son n'importe où mais sachez que ce sur cet album c'est au sommet qu'ils nous emmènent. [Free Radical Lament (MP3)]


Kim Richey - Chinese Boxes
Un bijou pop-folk gracieux, c'est ce que nous offre Kim Richey pour son 5ème album. [Chinese Boxes (MP3)]


Rilo Kiley - Under The Blacklight
Pour parler crument je dirais que cet album est une tuerie. Du début à la fin, pied au plancher, Jenny Lewis enfonce toutes les portes de la bienséance. Et ça marche. [The Angels Hung Around (MP3)]


Warm In The Wake - American Prehistoric
Ces inconnus tout droit sortis de Decatur, Géorgie, ont réalisé l'album dont Wilco n'est plus capable. Mais en mieux. [American Prehistoric (MP3)]

---------------------------------

Aussi :


Ryan Adams - Easy Tiger


Tori Amos - American Doll Posse


Apostle Of Hustle - National Anthem Of Nowhere


Nicole Atkins - Neptune City


The Avett Brothers - Emotionalism


Bright Eyes - Cassadaga


Clare Burson - Thieves


Christopher Denny - Age Old Hunger


Linda Draper - Keepsake


Steve Earle - Washington Square Serenade


Mark Olson - The Salvation Blues


Patrick Park - Everyone's In Everyone


Josh Ritter - The Historical Conquests Of Josh Ritter


Tegan and Sara - The Con


Wilco - Sky Blue Sky

----------------------------

Le meilleur du reste :

Bonnie Prince Billy - Ask Forgiveness
The Broken West - I Can't Go On I'll Go On
Clare Burson - Thieves
Charlemagne - You Are My Diary
Alela Diane - The Pirate's Gospel
The Innocence Mission - We Walked In Songs
Johnny Irion - Ex-Tempore
Alicia Keys - As I Am
Limbeck - Limbeck
Octoberman - Run From Safety
Of Montreal - Hissing Fauna, Are You The Destroyer?
Pela - Anytown Graffiti
Robert Plant & Alison Krauss - Raising Sand
Po'Girl - Home To You
The Sadies - New Seasons
Martha Scanlan - The West Was Burning
The Shins - Wincing The Night Away
Taylor Swift - Taylor Swift
Kanye West - Graduation

samedi 5 janvier 2008

Bilan 2007 - Top Country

2007 ne fut pas une année exceptionnellement excitante pour la musique country. Et sans le retour en force de quelques piliers et vieilles légendes du genre, elle aurait presque été insignifiante. Donc ci-dessous une petite sélection - rapidement effectuée et forcément précaire - des disques country qui m'auront marqué cette année. Gardez en tête que certains artistes country absents sur cette liste se retrouveront sur mon top général (qui arrive bientôt).



Merle Haggard - The Bluegrass Sessions
En 40 ans de carrière au service du meilleur de la country-music, Merle Haggard n'avait jamais foulé l'herbe bleue si chère au coeur de Bill Monroe. C'est donc chose faite avec ces Bluegrass Sessions et le moins que l'on puisse dire est que ça valait le coup d'attendre. Un casting de choix (Marty Stuart, Alison Krauss, Carl Jackson) l'accompagne dans ce panaché de classiques, morceaux oubliés et nouvelles compositions. [Learning To Live With Myself (MP3)]


Charlie Louvin - Charlie Louvin
Toute la jeune (par rapport à lui s'entend) garde indie s'est invitée pour ce retour tant attendu du Louvin Brother restant. Mais tous les Jeff Tweedy et Will Oldham de la planète n'y pourront rien : c'est Charlie Louvin et sa voix ancestrale la star de ce disque.


John Starling and Carolina Star - Slidin' Home
Il ne faut pas oublier cet album de l'ex-Seldom Scene sorti au début de l'année. Jimmie Rodgers, Gram Parsons, Hank Williams ou Gillian Welch, Starling les reprend tous avec une remarquable fluidité et un naturel confondant. Le disque de l'harmonie paisible.


Teddy Thompson - Upfront & Down Low
Les Thompson ont été prolifiques cette année et le petit Teddy n'a pas à rougir de sa contribution à l'oeuvre familiale. D'autant plus qu'il s'éloigne de son héritage musical pour un album de reprises de standards country. Sa voix de velours, la peine et le tourment qu'il insuffle à ces classiques, tout semble indiquer que Teddy Thompson était né pour être chanteur de country. [Change Of Heart (MP3)]


Porter Wagoner - Wagonmaster
Wagonmaster aura in extremis permis le retour en grâce de Porter Wagoner. L'homme nous a quitté, non pas sans nous offrir un dernier disque somptueux et l'assurance que son nom restera gravé dans l'histoire du genre.


Dale Watson - From The Cradle To The Grave
Si Dale Watson pose devant l'épitaphe de la musique country, il en est tout sauf le fossoyeur. Cela dit, une certaine dose d'humour noir ne sera pas inutile pour apprécier l'album - qui tente le grand écart entre Johnny Cash et Johnny Knoxville - à sa juste valeur.


Trisha Yearwood - Heaven, Heartache and the Power of Love
C'est une diva qui s'exprime ici au meilleur de ses capacités. Débarrassée des contingences du business de Nashville - parce que, objectivement, qui pourrait la dépasser? - Yearwood se fait plaisir, et de roucoulades soul en numéros de madone des honky-tonk, de ferveur gospel en fièvre rythm'n'blues, l'album fait mouche.


Dwight Yoakam - Dwight Sings Buck
Yoakam lui rendant en fait hommage depuis son premier album, cet exercice de reprises de Buck Owens aurait pu paraître superflu. Il n'en est rien, bien au contraire, et l'album vient rappeller s'il en était encore besoin que Yoakam est le plus flamboyant étendard du Bakersfield Sound.


vendredi 4 janvier 2008

Bilan 2007 - Top Oldies

Du très old (1932) au plus récent (2006), voici une sélection de "vieilleries" écoutées et appréciées cette année.


The Awkward Stage - Heaven is for Easy Girls (2006)


The Beat Farmers - Tales of the New West (1985)


Rosanne Cash - Seven Year Ache (1981)


Caitlin Cary & Thad Cockrell - Begonias (2005)


Cosmic Rough Riders - Deliverance (1999)


Iris DeMent - My Life (1993)


Robbie Fulks - Georgia Hard (2005)


Vince Gill - These Days (2006)


Merle Haggard - Presents His 30th Album/A Working Man Can't Get Nowhere Today (1974/1977)


John Hartford - Mark Twang (1976)


Kelly Hogan - Because It Feel Good (2001)


k.d. lang and the Reclines - Absolute Torch and Twang (1989)


Linda Ronstadt - Silk Purse (1972)


John David Souther - Black Rose (1976)


'Til Tuesday - Welcome Home (1986)


Volebeats - Solitude (1999)


Bob Wills and his Texas Playboys - Legends of Country Music (1932-1973)

samedi 22 décembre 2007

Octoberman - Run From Safety


Octoberman est le nom de scène que s'est choisi Marc Morrisette pour incarner son passionnant projet musical. Natif de Vancouver, Morrisette a officié au sein du groupe indie Kids These Days avant de tenter l'aventure solo. Le titre de son 2ème opus sonne comme un mot d'ordre : Run From Safety. Fuir le confort du quotidien, les boulots alimentaires, oser la vie de musicien. Quitter son Canada natal, s'ouvrir au monde, comme les voyages en Europe et en Asie qui alimentèrent son premier album (These Trails Are Old and New). Et surtout s'extirper du carcan boisé du songwriter à guitare et harmonica. Marc Morrisette, assisté d'un backing-band plus que compétent, habille donc ses réflexions angoissées de multiples couches de guitares savantes, claviers tranchants et lap-steel implorantes.


D'entrée By The Wayside et ses instrumentations imbriquées placent la barre haute : un morceau tendu brillamment construit en 3 actes où les trompettes mariachis accompagnent des choeurs apocalyptiques répétant d'inquiétants "we all fall by the wayside". Batterie et basses en avant, Cisco Kid révèle quant à lui un charme psychédélique noir, en parfait écho aux paroles empreintes de paranoïa de Morrisette. No Qualms offre un sublime enchevêtrement de guitares expressives pour un résultat invitant à la transe. Plus loin c'est Shit Just Fall Apart et son rythme martial qui intriguent : le morceau est lacéré d'un étrange choeur nonchalant, et les guitares électriques tranchantes, toujours là. Chasing Ambulances, Impossible Way et Breath of Sunshine s'illustrent dans un registre plus classique et ne manqueront pas de susciter des comparaisons à Bright Eyes. Morrisette partage sans doute avec lui un penchant volontiers verbeux mais sur Run From Safety il chasse avec brio le naturel et compose un album sec et fataliste, mélodique et nerveux.
[chronique précedemment publiée sur VoxPopMag]

Octoberman
- By The Wayside (MP3)
Octoberman - Cisco Kid (MP3)


Acheter Run From Safety (2007, White Whale)


lundi 17 décembre 2007

Nicole Atkins - Neptune City


Programmée pour début septembre la sortie de Neptune City intervient finalement deux mois plus tard. La faute à des critiques alarmantes sur le travail de production de l'équipe suédoise engagée par Columbia. Dans cette première version, la voix de Nicole Atkins aurait été noyée dans le mur du son érigé par ces fameux producteurs-bûcherons. Donc si l'album que je tiens entre mes mains aujourd'hui est si brillant c'est soi-disant grâce au sauveteur en chef des naufrages annoncés, j'ai nommé le tout-puissant Rick Rubin, venu in-extremis appuyer sur les bons boutons et tirer sur les bonnes manettes pour rendre cette galette écoutable. Mais si vous voulez mon avis, la jeune Nicole y est pour beaucoup aussi, tant cet album tient les promesses du Bleeding Diamonds EP sorti l'année dernière. On retrouve donc avec plaisir le souffle lyrique et grandiose, volontiers pompier même, de ses compositions. A son meilleur, elle évoque le charme onirique d'une Paula Frazer qui aurait été boostée aux hormones. Vocalement époustouflant, mélodiquement excessif, ambitieux mais parfois boursouflé, Neptune City a peut-être les défauts de ses qualités mais permet de placer Nicole Atkins sur la carte des chanteuses à suivre.

Nicole Atkins - War Torn (MP3)
Nicole Atkins - Brooklyn's On Fire! (MP3)


Nicole Atkins - The Way It Is


Acheter Neptune City (2007, Columbia)

mercredi 12 décembre 2007

Nellie McKay - Obligatory Villagers


Après des tourments avec Columbia autour de la longueur de son précédent album (Pretty Little Head), et désormais libre de la pression d'une major, Nellie McKay nous revient avec un 3ème album, Obligatory Villagers, qui dépasse à peine les 30 minutes. Oui mais voilà, il s'agit de la demi-heure de musique la plus délicieusement baroque qu'il nous ait été donné d'entendre cette année. 9 petits morceaux sur lesquels la New-Yorkaise - qui peut fièrement s'enorgueillir d'avoir entièrement écrit, arrangé et orchestré ce bijou - fait s'entrechoquer avec malice jazz et pop, comédies musicales de Broadway et hip-hop. Accompagnée d'un véritable big-band, elle passe au peigne fin de son humour et de sa fausse candeur les ruminations politiques de la libérale qu'elle est. Sur Mother of Pearl, c'est aux féministes qu'elle s'en prend ("feminists don't have a sense of humor/they have a tumor on their funny bone") dans un hilarant exercice d'auto-dérision, numéro de piano-bar claquettes inclus. Les cuivres rutilants se font la part belle sur le parano Identity Theft tandis que Nellie nous gratifie de quelques passages rappés! Galleon nous fait entrer dans les coulisses animées d'un spectacle de Broadway ("saturday night in the men ensemble room/starting a fight in the men ensemble lair") : solo de saxophone vs solo de guitare, cette fille ne se refuse rien; l'auditeur jubile. Des effluves latinos s'échappent de Politan, morceau tragique et douloureux, preuve que Nellie McKay sait aussi nous faire pleurer quand elle veut. Il serait mal venu de parler de clou du spectacle dans un album qui recèle tant de moments forts, mais Testify emporte tout sur son passage dans une ferveur gospel qui devrait en convertir plus d'un. Ce qui nous conduit naturellement dans le Sud profond, où la malédiction du bayou, choeurs de mort-vivants à l'appui, nous condamne à danser la danse du Zombie. Mais vraiment, que ne ferait-on pas pour les beaux yeux de Nellie?

Nellie McKay - Identity Theft (MP3)
Nellie McKay - Testify (MP3)


Acheter Obligatory Villagers (2007, Hungry Mouse)

Cette chronique est aussi publiée sur VoxPopMag.

jeudi 6 décembre 2007

Bonnie Prince Billy - Ask Forgiveness


Will Oldham a toujours montré un goût singulier pour l'exercice de la reprise. L'éclectisme de ses choix ne doit pas masquer le soin avec lequel il s'empare des chansons des autres. C'est donc avec la même sincérité qu'il reprend aussi bien Tim McGraw que Judee Sill, les Cranberries que Leonard Cohen, David Allan Coe que Bob Dylan. Il s'en est fallu de peu pour qu'il ne sorte aucun disque en 2007, mais revoilà finalement Bonnie Prince Billy avec un mini-album de reprises certes moins décoiffant que la collaboration de l'année dernière avec Tortoise (The Brave and the Bold) mais tout de même superbe. Cette fois-ci il s'est entouré de Meg Baird et Greg Weeks d'Espers pour accoucher de 8 interprétations. Le choix le plus farfelu est à trouver à la fin de l'album avec une relecture touchante du World's Greatest de R Kelly tandis que la version la plus fidèle est celle du morceau d'ouverture, I Came To Hear The Music, de l'immense et mésestimé Mickey Newbury. L'occasion de dénoncer un scandale : la plupart des albums de Mickey Newbury attendent toujours d'être réédités en CD.

Bonnie Prince Billy - I Came To Hear The Music (MP3)
Mickey Newbury - I Came To Hear The Music (MP3)


Acheter Ask Forgiveness (2007, Drag City)

dimanche 2 décembre 2007

Steve Earle - Washington Square Serenade


"Won't be back no more, boss, you won't see me around. Goodbye, Guitar Town" chante Steve Earle sur Tennessee Blues, le morceau d'ouverture de son nouvel album, Washington Square Serenade. Plus de 20 ans après Guitar Town, son premier album qui fit l'effet d'une bombe sur l'establishment de Nashville, Steve Earle semble vouloir tourner la page. New York est sa nouvelle ville d'adoption et Allison Moorer sa nouvelle femme, ce disque sera donc un hommage à la première et une déclaration d'amour à la seconde. Produit par John King des Dust Brothers qui introduit ci et là quelques beats hip-hop, Washington Square Serenade respire davantage la plénitude de cette nouvelle vie que la rage politique de Jerusalem et Revolution Starts... Now. La présence vocale constante de son épouse ne fait qu'ajouter grâce à ce tableau idyllique.

Steve Earle - Tennessee Blues (MP3)
Steve Earle - Days Aren't Long Enough [feat. Allison Moorer] (MP3)


Acheter Washington Square Serenade (2007, New West)

vendredi 30 novembre 2007

Gary Louris - True Blue


Gary Louris - True Blue (via Songs Illinois)
Vagabonds sort le 8 février.


mardi 27 novembre 2007

Dwight Yoakam + The Derailers - Hommages à Buck!


Qui mieux que Dwight Yoakam pouvait légitimement, un an après sa mort, consacrer un album de reprises à Buck Owens? Lui qui chanta en duo avec le maître et qui surtout porta haut l'étendard du Bakersfield Sound pendant deux décennies. Sur Dwight Sings Buck, Yoakam donne le meilleur de lui-même sur des versions fidèles mais personnelles des hits que furent Act Naturally, Under Your Spell Again ou Together Again.
Héritiers plus modestes de Buck Owens, les Derailers se montrent des disciples appliqués sur l'explicite Under The Influence of Buck. Ce n'est pas la crédibilité honky-tonk qui manque aux Texans et avec une telle collection de tubes l'album est forcément un régal.
Si l'on devait choisir, je conseillerais bien sûr Dwight Sings Buck, parce que l'album est beaucoup plus maîtrisé et que Yoakam est un chanteur définitivement exceptionnel. Mais peu importe, tant que ces deux hommages incitent chacun à se pencher sur l'oeuvre inestimable de Buck Owens.

Dwight Yoakam - Under Your Spell Again (MP3)
The Derailers - My Heart Skips A Beat (MP3)


Dwight Yoakam - Close Up The Honky Tonks


Acheter Dwight Sings Buck (2007, New West)


Acheter Under The Influence Of Buck (2007, Palo Duro)

jeudi 22 novembre 2007

Jerry Jeff Walker - Mr Bojangles (1968)


Jerry Jeff Walker est né Ronald Clyde Crosby le 16 mars 1942 dans l'état de New-York. Passionné dans son enfance par le basket-ball et le rock'n'roll des fifties, il se tournera à la fin de son adolescence vers la musique folk. En 1963 il prend la route comme troubadour pour finalement atterrir au Texas. Il adopte le pseudonyme de Jerry Jeff Walker et forme avec Bob Bruno le groupe Circus Maximus qui offre alors un curieux mélange de folk, rock et jazz. Il quitte le groupe en 1968 pour se consacrer à l'écriture de son premier LP sur Atco. A l'époque Jerry Jeff Walker a le John Wesley Harding de Dylan en tête comme exemple réussi du mariage acoustique/électrique. D'un côté il s'adjoint les services de musiciens issus de la scène acoustique tels que David Bromberg, Jody Stecher (fiddle), Donny Brooks (harmonica) ou Danny Milhon (dobro). De l'autre il invite des fins limiers du jazz et du R&B, notamment le grand Ron Carter connu alors pour son travail avec Miles Davis.
Une grande partie des chansons composant Mr Bojangles furent inspirés par les expériences vécues par Jerry Jeff Walker sur la route. A commencer par l'enlevé Gypsy Songman qui, basé sur une mélodie traditionnelle, est justement un hymne à la vie de nomade. La chanson titre raconte sa rencontre dans une cellule de dégrisement à la Nouvelle-Orléans avec ce fameux Monsieur Bojangles, qui l'impressionna beaucoup.


JJW interprète Mr Bojangles au Dinah Shore Show en 1978

Little Bird fut l'une des premières chansons jamais écrites par Walker. Qu'un songwriter débutant puisse accoucher d'une telle beauté a de quoi laisser pantois d'admiration! Après une incartade aux allures de parodie bluegrass (I Makes Money (Money Don't Make Me)), Walker revient à son thème de prédilection, la route, sur l'exotique Maybe Mexico. L'épique The Ballad of The Hulk est un exercice de style à la Dylan tellement verbeux que Walker lui-même rechignait à le jouer, tellement il avait du mal à se rappeller des paroles! L'album se termine sur le sublime My Old Man, un hommage pudique aux hommes de sa famille, que Walker écrivit avec l'espoir qu'un jour son fils la jouerait en pensant à lui.
Si le premier album de Jerry Jeff Walker n'est pas tout à fait représentatif du reste de sa discographie, il y signe quand même un classique de la musique américaine (Mr Bojangles repris par à peu près par tout le monde de Dylan à Sammy Davis Jr en passant par Nina Simone et... Robbie Williams). Et aussi quelques perles folk qui justifient l'achat de ce Mr Bojangles par tous, et pas seulement les fans inconditionnels de JJW.

Jerry Jeff Walker - Little Bird (MP3)
Jerry Jeff Walker - My Old Man (MP3)


Acheter Mr Bojangles (1968)


lundi 19 novembre 2007

Mark Olson le 26 novembre à la Pomme d'Eve


Encore un concert qui vaudra le coup d'oeil (et d'oreille) : Mark Olson lundi prochain à Paris! Oui vous ne rêvez pas, après Gary Louris en juin dernier, l'autre moitié des feu Jayhawks investira la chaleureuse scène de la Pomme d'Eve pour un live qu'on pressent aussi mémorable que celui de son compère. Pour rappel Mark Olson est l'auteur cette année du sublime The Salvation Blues, album que je vous recommande chaudement!
Vous trouverez toutes les informations pratiques et de réservation sur l'affiche ci-dessus [EDIT = tarif réduit à 15 euros]. Soyez au rendez-vous!

Ecoutez Mark Olson sur sa page MySpace.




jeudi 15 novembre 2007

Lucinda Williams au Trabendo

La grande Lucinda Williams sera en concert ce vendredi au Trabendo. Un évènement à plusieurs titres. D'abord parce que c'est la première fois que la chanteuse honorera une salle française de sa présence. Ensuite parce qu'elle est l'artiste country-rock la plus respectée qui soit et qu'elle est souvent considérée comme l'équivalent féminin d'un Neil Young. Enfin, West, son 8ème album sorti au début de l'année, vient compléter une discographie frappée du sceau de l'excellence. Tout cela étant dit, vous savez ce qu'il vous reste à faire.



mardi 6 novembre 2007

The Sadies - New Seasons


Avec un double-album live (In Concert, Vol 1) et la bande-originale d'un film d'animation (Tales of the Rat Fink) les fans avaient eu de quoi patienter; il n'en reste pas moins que le nouvel album studio des Sadies est un petit événement pour tout amateur de musique cosmique américaine qui se respecte. Trois ans après Favourite Colors, New Seasons replace une fois de plus le Canada - après The Band et Blue Rodeo - aux avant-postes de l'americana, ce genre dont le nom décrit mal les limites géographiques.
Surf, bluegrass, country psychédélique et garage-rock se mêlent sur fond de BO western à la Morricone : la formule n'a pas changé depuis leurs débuts, elle s'est juste améliorée. Mais New Seasons laisse volontiers plus de place aux morceaux chantés et les frères Good semblent plus confiants dans leurs capacités vocales. Il ne serait pas étonnant que Gary Louris (ex-Jayhawks), qui produit l'album et qui en connaît un rayon niveau harmonies vocales, y soit pour quelque chose. Les instrumentaux restent là pour démontrer s'il en était encore besoin la dextérité des musiciens, les duos de guitares de Brian et Dallas Good en tête. Les décors balancent entre pop Byrdsienne et country gothique à la Neko Case (normal de retrouver ce son car les Sadies l'accompagnent souvent) et pour un groupe qui reste souvent muet les paroles offrent pleine satisfaction. Citons le sublime Anna Leigh, et sa belle introduction claviers/choeurs, ballade échevelée sur un angoissant rêve prémonitoire; ou le mortifère mais lumineux Sunset to Dawn. Un fatalisme lancinant parcourt The Trial et l'amertume face à une relation vouée à l'échec prédomine sur Never Again, un des nombreux titres à évoquer les Volebeats, un autre groupe sous-estimé et méconnu.
Comme le suggère sa pochette couleur sépia, New Seasons est un disque idéal pour l'automne mais nul doute qu'il saura s'apprécier plus qu'une saison.

The Sadies - Anna Leigh (MP3)
The Sadies - My Heart of the Wood (MP3)


Acheter New Seasons (2007, Yep Roc)


vendredi 2 novembre 2007

Winterpills - The Light Divides


Le fantôme d'Elliott Smith rôde toujours au-dessus de la musique de Winterpills. Leur premier album ne laissait aucun doute sur cette influence majeure. Leur second, The Light Divides, les confirme en dignes héritiers du chanteur de Portland. Qui s'en plaindra à l'écoute des mélodies gracieuses et des harmonies douces et tragiques de Philip Price et Flora Reed?

Winterpills - Broken Arm (MP3)
Winterpills - Handkerchiefs (MP3)


Acheter The Light Divides (2007, Signature Sounds)