Un jour peut-être, le génie pop de Matthew Smith sera reconnu à sa juste valeur. D'ici là on s'épuisera s'il le faut à prêcher la bonne parole : Smith transforme tout ce qu'il touche en or, que ce soit la country avec les Volebeats ou la pop psyché avec Outrageous Cherry. On pourrait énumérer les raisons pour lesquelles Universal Malcontents, le nouvel album de Outrageous Cherry, n'est pas le chef d'oeuvre que fut Our Love Will Change The World (2005) mais à quoi bon? Finalement, ces 10 instantanés de garage-rock et de pop 60's se suffisent à eux-mêmes et il serait inhumain de bouder son plaisir.
Outrageous Cherry - It's Not Rock N' Roll (And I Don't Like It) (MP3) Outrageous Cherry - Horizon (MP3)
Originaire du Maine - tout comme Stephen King, fan notoire qui se fend d'une élogieuse tirade sur le livret du disque - , Slaid Cleaves a suivi des études de philosophie avant d'embrasser la vocation de singer-songwriter. C'est à Austin au Texas qu'il s'est forgé une solide réputation dans les cercles americana, enchaînant les albums avec régularité et discrétion depuis le début des années 90.
Pour Everything You Love Will Be Taken Away, Cleaves s'est une fois de plus adjoint les services de Gurf Morlix, ancien collaborateur de Lucinda Williams. Ensemble, ils ont confectionné la base d'un album à la tonalité fortement acoustique, simplement agrémenté de fiddle, mandoline et pedal-steel. L'humeur du disque est mélancolique et désenchantée comme le suggère son titre, une phrase tirée de Cry, magnifique morceau d'ouverture.
Slaid Cleaves - Cry (MP3)
Ce sont des chansons concernées politiquement et socialement que nous présente Cleaves, mais toujours au travers d'histoires poignantes et de personnages authentiques qui prennent vie sous sa plume inspirée et son timbre juvénile. A ce titre, Twistin' est particulièrement réussie, nous faisant vivre du point de vue du bourreau l'excitation d'une foule assistant à la pendaison d'un criminel, et ce à une époque pas si lointaine.
Slaid Cleaves - Green Mountains and Me (MP3)
Sur Green Mountains and Me, on vit l'attente, l'inquiétude et finalement le chagrin d'une femme dont le mari est parti au front. Plus ouvertement engagé, Beautiful Thing pointe le cynisme des politiques, des grands patrons et des médias, auxquels Cleaves répond, finalement pas si désespéré : "Somehow I still believe in the goodness of man/It's a beautiful thing".
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Jeune prodige de la mandoline et du banjo, Sarah Jarosz écume les festivals bluegrass depuis ses 12 ans. De quoi attirer l'attention des professionnels de la profession, au premier rang desquels Sugar Hill qui lui proposa l'année dernière d'entrer en studio. La jeune Texane s'est entourée des meilleurs : Jerry Douglas, Stuart Duncan, Abigail Washburn, Chris Eldridge, Byron House, Mike Marshall, Tim O’Brien, Aoife O’Donovan, Darrell Scott, Sarah Siskind, Ben Sollee, Chris Thile... Il n'empêche que c'est elle et elle seule qui signe 11 des 13 morceaux de Song Up In Her Head, son premier album. Entre newgrass et folk, Sarah Jarosz tisse quelque chose qui lui est éminemment personnel. Evidemment la virtuosité est au rendez-vous mais ce sont la qualité des compositions et la voix de la chanteuse qui retiennent l'attention. Jarosz possède un timbre légèrement voilé, très loin du chant pur et cristallin qu'on est habitué d'entendre chez les chanteuses bluegrass.
Ecoutez Edge Of A Dream, Tell Me True, Left Home, Long Journey ou bien encore les reprises des Decemberists (Shankill Butchers) et de Tom Waits (Come On Up To The House), et vous entendrez peut-être comme moi le meilleur disque newgrass depuis Song Of The Travelling Daughter d'Abigail Washburn; l'oeuvre d'une chanteuse digne de marcher dans les pas de Gillian Welch.
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La carrière solo de Rhett Miller a toujours tendu à approfondir la facette pop des Old 97's. Son 3ème album ne fait pas exception, bien au contraire c'est sans doute ce qu'il a fait de plus éloigné du son de son groupe. Le disque se divise entre une première partie très enlevée et une fin plus introspective voire grave, comme autant de preuves de la qualité d'écriture et des talents multiples du songwriter. La production de Salim Nourralah est discrète mais sophistiquée et la participation de Jon Brion à plusieurs titres ne gâche rien. Que vous soyez fan des Old 97's ou que vous l'ayez juste entraperçu dans le season finale de 30 Rock, vous devez jeter une oreille à l'album éponyme de Rhett Miller, c'est son meilleur.
Rhett Miller - Like Love (MP3) Rhett Miller - Another Girlfriend (MP3)
C'est une histoire tristement banale dans les annales du rock'n'roll. Celle d'un groupe extrêmement talentueux, formidablement prometteur, pris dans les filets d'une méchante major. La fin vous la connaissez déjà : les promesses des producteurs aux gros cigares n'étaient que du vent, de disque il n'y aura pas. Et un groupe de plus laissé sur le bord du chemin.
Plus cliché tu meurs, a du se dire Alex Dezen dans ces moments-là - la douloureuse expérience est relatée dans un documentaire, Golden Days. Dans son groupe, les Damnwells, il y a lui, le songwriter-chanteur, et les autres, un imposant réservoir de musiciens au turn-over intensif. Dezen a le potentiel d'une rock-star, il le sait sans doute mais comme il le dit lui même dans Golden Days ça ne l'intéresse pas de devenir funny comme U2. En effet, il en faudrait peu aux Damnwells pour devenir les nouveaux Coldplay; ils ont les ballades qui tuent et les uptempos plein de souffle pour déchaîner les foules. C'est ça qu'a du sentir Epic au moment d'engager le groupe mais pas au point de leur laisser les coudées franches. De toute façon Dezen ne se voyait pas jouer dans un stade, c'est peut-être la peur du ridicule qui l'a sauvé. Et maintenant en sortant leur dernier album, One Last Century, sans l'appui de quelque label que ce soit il y a peu de chances qu'ils créent le buzz. Ah j'allais oublier, One Last Century est totalement gratuit et ce ne sont pas des faces b ou des chutes de studio mais bel et bien le meilleur album rock de l'année et il est gratuitement téléchargeable.
The Damnwells - Closer Than We Are (MP3) The Damnwells - Come To Me (MP3)
Il devient de plus en plus dur de suivre le rythme des sorties. Citons 3 chouchous de ce blog récemment revenus aux affaires dans une telle discrétion que j'ai bien failli passer à côté d'eux!
The Moore Brothers - Variety (MP3) Je garde un souvenir ému de Murdered By The Moore Brothers (2006) mais apparemment pas au point de guetter avidement la sortie du nouvel opus des frères Moore. Aptos est sorti il y a 3 mois déjà mais j'ai bien l'intention de me rattraper.
Linda Draper - Time Will Tell (MP3) La belle new-yorkaise est de retour avec Bridge & Tunnel. A l'écoute de Time Will Tell on se dit que Linda Draper n'a rien de perdu de son talent à trousser des chansons qui n'ont l'air de rien comme ça mais qui vous aspire progressivement et inexorablement dans leur monde.
Leeroy Stagger - Petrified World (MP3) Je n'ai même pas eu le temps d'évoquer ici l'album d'ESP - Tim Easton + Leeroy Stagger + Evan Philips (Whipsaws) - sorti l'année dernière que Leeroy Stagger vient gratter à la porte avec Everything is Real, successeur à son remarquable Depression River. Merci à Songs:Illinois de m'avoir mis au parfum.
Pas de doute, les 5 compères d'Old Californio connaissent leur rock californien sur le bout des doigts, de la scène de Bay Area (Grateful Dead, Moby Grape) aux pentes des canyons entourant Los Angeles (Neil Young, Buffalo Sprinfield). On démarre le trip sur un rythme échevelé avec Mother Road, véritable invitation à l'échappée toute en choeurs envoûtants et riffs saccadés, avant un petit détour par la frontière mexicaine (le mariachiesque Riparian High)... peu importe la destination tant qu'on s'éloigne des City Lines (7 minutes de bonheur entre honky-tonk et rock seventies).
Old Californio - City Lines (MP3)
A ne pas rater au cours du périple, l'étape country-rock avec Just Like Joseph Campbell qu'on pourrait rebaptiser Just Like Gram Parsons, et plus loin le bien-nommé Harmony, pour nous rappeler que le Golden State n'a pas plus que les autres résisté à la British Invasion.
Old Californio - California Goodness (MP3)
Entre un petit arrêt pour admirer les monts de San Gabriel (Lazy Old San Gabriels, fantastique) au pied desquels se trouve Pasadena, le point de repli du groupe, et un bain de soleil bien mérité (Warmth of the Sun, psyché-rock extatique), on avance tranquillement vers la fin du voyage et un California Goodness acoustique et apaisé qui en dit long sur l'amour que le groupe porte à son état.
"Every man wanted something for himself, but the big beast that was all of them wanted only westering." John Steinbeck, The Leader of the People
En citant Steinbeck comme influence majeure, Rich Dembowski, chanteur, guitariste, songwriter et mélodiste hors-pair, ne fait pas mystère de ses ambitions. Pour sûr, Westering Again est un disque plein d'audace et de vision et si Old Californio n'est pas le premier groupe à capitaliser sur la Californie et ses mythes, peu l'ont fait avec autant de talent.
Honte à moi d'être jusque là passé à côté des disques des Greencards. Ce n'est pas faute de m'intéresser aux jeunes groupes de bluegrass hybride mais voilà, c'est peut-être leur pedigree anglo-australien qui m'a fait reculer au moment de la sortie de Movin' On (2004), Weather and Water (2005) et Viridian (2007). C'est Fascination que j'ai aujourd'hui entre les mains et pour une fois voilà un album qui tient la promesse de son titre! Ces 12 morceaux s'enchaînent avec naturel, alternant les tons et les rythmes avec juste ce qu'il faut de contrepieds et de surprises pour laisser l'auditeur en haleine. Quelque part entre folk, bluegrass et même world-music, Kim Warner (mandoline), Eamon McLoughlin (fiddle) et Carol Young (basse, chant) ont trouvé quelque chose qui les rend uniques. A écouter d'urgence le tiercé gagnant : Fascination/The Avenue/Chico Calling.
Bonne nouvelle, les albums de Sugar Hill semblent avoir très récemment fait leur apparition sur Deezer... savourez donc la musique des Greencards à votre guise :
Deux albums hommage se sont fait remarquer cette année pour leur qualité et leur propension à dépasser la simple collection de reprises.
Le premier nous vient de Steve Earle qui lance sur Townes un vibrant cri d'amour à feu son mentor et ami Townes Van Zandt. On pourrait discuter sans fin sur les morceaux absents de la track-list, toujours est-il que ses versions de No Place To Fall, Colorado Girl ou Mr Mudd and Mr Gold (avec fiston), pour ne citer qu'elles, sont magnifiques.
Matthew Houck aka Phosphorescent s'est quant à lui sublimé en réinterprétant quelques uns de ses morceaux préférés de Willie Nelson. To Willie (titre en référénce au tribute de Nelson à Frizzell, To Lefty from Willie) dépasse carrément les ambitions étriquées de ce genre d'exercice de révérence. De bout en bout, celui que l'on pouvait voir jusque là comme un sous-Oldham impose sa vision du Red Headed Stranger en alternant chansons emblématiques et morceaux méconnus. Les arrangements modestes et la voix désespérée et languissante de Houck servent à merveille le génie de ces chansons. Nelson ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui a récémment adoubé Houck lors d'une émission radio.
Leur premier album allait faire d'eux, sans qu'ils ne le sachent, les parrains méconnus du mouvement alt-country. Enregistré en 1971, ce disque ne connut une sortie officielle qu'en 1990 et fut rebaptisé pour l'occasion More A Legend Than A Band... ce groupe légendaire donc c'est les Flatlanders : Joe Ely + Jimmie Dale Gilmore + Butch Hancock, qui séparément sont également les auteurs de 3 des plus belles discographies du country-rock texan.
Hills and Valleys, leur 3ème album depuis leur reformation en 2002, prend des allures de réunion de sages. Le ton est par moment pépère mais les 3 hommes ont beaucoup à dire. Ainsi nous offrent-ils une entame d'album très politique : HomelandRefugee dresse un parallèle entre la Grande Dépression et la crise actuelle, Bordeless Love chronique un amour au-delà des frontières et des murs de séparation, et AfterTheStorm se joue sur les ruines de l'après-Katrina.
The Flatlanders - No Way I'll Never Need You (MP3)
Sans surprise, ce sont les morceaux chantés par JimmieDaleGilmore qui charment en premier, ce qui ne veut pas dire qu'Ely et Hancock soient en reste, au contraire. Leur country-rock acoustique nappé de tex-mex a sans doute trouvé sur Hills and Valleys son expression la plus aboutie et la plus sereine.
Des 3 membres de Nickel Creek, Sara Watkins était certainement celle dont on savait le moins quoi attendre. Depuis la mise en hiatus du groupe, Chris Thile s'est voué corps et âmes à la cause du bluegrass progressif que ce soit avec les Punch Brothers ou Edgar Meyer, et Sean Watkins a persévéré dans ses lubies pop avec Fiction Family. Mais sa soeur s'est montrée plus discrète... il faut croire qu'elle préparait bien son coup! En 18 ans de carrière au sein du groupe bluegrass-pop, elle n'avait composé qu'une seule chanson, Anthony (sur leur dernier album Why Should The Fire Die?), une charmante rengaine à l'ukelele et déjà on se disait que la joueuse de fiddle avait la tête ailleurs.
Sorti sur le prestigieux label Nonesuch (Wilco, Emmylou Harris), cet album éponyme réunit d'abord un parterre de guests alléchant : John Paul Jones (Led Zeppelin) à la production, Benmont Tench (Tom Petty) aux claviers, Pete Thomas (Elvis Costello) derrière les fûts, Greig Leisz à la pedal-steel, Gillian Welch et Dave Rawlings, Jon Brion et quelques pointures de la scène bluegrass tels que Tim O'Brien, Chris Eldridge (Punch Brothers), Ronnie McCoury (Del McCoury Band), Rayna Gellert (Uncle Earl) et bien sûr ses camarades de Nickel Creek cités plus haut.
Sara Watkins - Long Hot Summer Days (MP3)
Sara Watkins signe 8 des 14 morceaux du disque et l'on est frappé tout de suite par la qualité des compositions de cette débutante. Elle a visiblement un don pour trousser des ballades douces et entêtantes (All This Time), parfois même déchirantes de beauté (My Friend), en tout cas exempte de mièvrerie ou de sentimentalisme; elles sont l'écrin parfait à sa voix angélique et son chant habité. Une partie des reprises s'accorde parfaitement à cette ambiance notamment sa gracieuse version du Pony de Tom Waits ou du Lord Won't You Help Me de Norman Blake qui manifeste un bel exemple de ferveur. Watkins se montre aussi à l'aise dans le registre classic country du Any Old Time de Jimmie Rodgers et le folk bluegrass de John Hartford sur le formidable Long Hot Summer Days. Too Much, emprunté à David Garza, quant à lui prouve que la belle pourrait devenir une pop-star si elle le voulait. Ajoutez à cela une poignée d'instrumentaux rappelant la virtuosité de la jeune femme au fiddle et vous obtenez un premier album surprenant, agréable et plein de charme.
Il aura suffi de 2 albums à Sarah Borges pour se forger une place de choix aux avant-postes du roots-rock américain. Le recul nous manque peut-être mais je suis prêt à parier que Silver City (2005) et Diamonds in the Dark (2007) sont de futurs classiques du genre. Alors qu'en est-il de sa nouvelle livraison, The Stars are Out, sortie un peu plus tôt cette année?
Sugar Hill n'hésite pas à présenter l'album comme les premiers pas de la chanteuse dans l'indie-rock. Mouais, il y a bien une reprise des Magnetic Fields mais pas de quoi émoustiller les critiques de Pitchfork. Une chose est sûre, sur The Stars are OutSarah Borges s'éloigne un peu de ses fondamentaux country pour nous offrir un rock plus générique, sans pour autant sacrifier la marque de fabrique des Broken Singles, cette énergie et ce talent à recycler les sonorités classiques de la musique populaire américaine.
Sarah Borges & the Broken Singles - Yesterday's Love (MP3)
Comme d'habitude, Borges divise son album entre un choix de reprises iconoclastes et une fournée d'originaux inspirés. Placé en ouverture, Do It For Free parvient à surprendre d'emblée avec ses riffs agressifs et son esprit power-pop. Encore plus addictif est le morceau qui suit : Yesterday's Love - reprise de Any Trouble, groupe anglais des années 80 un peu oublié - propulse l'album sur un rythme trémoussant. L'original Me and Your Ghost ne relâche pas la pression, au contraire : c'est une capsule rock en provenance directe des fifties et dont les vertus dansantes ne tardent pas à faire leur effet. Emprunté à NRBQ, It Comes To Me Naturally prouve que Borges et son groupe n'ont pas perdu la main pour ce qui est de trousser un bon rockabilly.
Mais aussi exubérante soit-elle, la belle de Boston manie aussi bien la mélancolie. Ainsi, en convoquant Stephen Merritt elle savait très bien ce qu'elle faisait : entre ses mains le No One Will Ever Love You des Magnetic Fields ne perd rien de son amertume et gagne même en chaleur et en expressivité. Et elle vise juste également en déterrant l'une des plus belles ballades d'Evan Dando des Lemonheads, Ride With Me. De la nostalgie à l'espoir il n'y a qu'un pas, que franchit Borges avec panache sur un Better At The End Of The Day plein de souffle et de conviction.
The Stars are Out se referme sur une Symphony toute en cordes et beats de boîte à rythmes, conclusion peut-être un peu pâle à un album riche en sueur et en émotions.
Petit changement de player : avec Yahoo Music Player vous pourrez écouter les morceaux à la suite comme une playlist, faire pause, avancer, reculer, régler le son etc. J'espère que ça vous conviendra. Vos remarques sont les bienvenues.
Loin de la froideur de The Letting Go (2006) et dans la continuité de Lie Down in the Light (2008), le productif Will Oldham se pare, sur sa livraison annuelle, des ornements d'une country luxuriante et généreuse. L'homme n'avait pas été aussi bien entouré depuis Sings Greatest Palace Music (2004), alors confectionné au coeur du Nashville classique : Jennifer Hutt au fiddle, Greg Leisz à la pedal-steel, Nicole Mitchell à la flûte, Emmett Kelly aux guitares, et bien d'autres aux claviers, percussions exotiques, choeurs et même un saxo limite provocateur... tout contribue à faire de Beware l'opus le plus musicalement dense de la pléthorique carrière du Prince.
Bonnie Prince Billy - I Don't Belong To Anyone (MP3)
Si la pochette renvoie explicitement à Neil Young et Tonight's the Night, c'est à un autre héros des années 70, maudit celui-ci, que l'on pense : Mickey Newbury - que BPB reprenait récemment sur Ask Forgiveness - pratiquait ce même genre de folk chatoyant et triste à la fois.
Il est assez bluffant de se rendre compte avec quelle facilité Justin Townes Earle s'affranchit, sur son 2ème album Midnight at the Movies, du double poids de son patronyme. Fils de Steve Earle et baptisé du prénom de Townes Van Zandt, JTE choisit de ne marcher dans les pas de ni de l'un ni de l'autre.
Il semble en effet avoir suffisamment assimilé cet héritage familial et culturel pour nous livrer un album personnel et varié. Et le jeune homme de jongler avec les styles : du ragtime (Dirty Rag) au honky-tonk swing (Poor Fool, What I Mean To You) en passant par le folk (Mama's Eyes, Midnight at the Movies) et sans oublier un détour du côté de l'indie-rock (I Can't Hardly Wait, jouissive reprise des Replacements)... rien ne résiste à l'appétit du fils Earle et tant pis pour ceux qui se plaindraient du manque de cohérence de l'ensemble. Si Justin Townes est bien le fils de son père, alors ce superbe album n'est que le deuxième d'une très longue liste.
Justin Townes Earle - Midnight at the Movies (MP3) Justin Townes Earle - What I Mean To You (MP3)
Sur le papier c'est un album en duo mais dans les faits c'est toute une troupe qui entoure Buddy et Julie Miller sur Written in Chalk, le deuxième album du couple. Robert Plant, Patty Griffin, les soeurs McCrary et Emmylou Harris viennent prêter leurs voix aux morceaux des Miller. Tout ça pour dire qu'on entend finalement assez peu les 2 époux chanter ensemble mais lorsque leur voix s'unissent, elles font des étincelles : Ellis County est une complainte nostalgique autant qu'une ode aux valeurs simples - et autant le dire tout de suite la plus belle chanson de l'année; Gasoline and Matches est un blues littéralement incendiaire sur fond d'amour explosif; et plus loin, le dépouillé June livre un hommage émouvant à June Carter Cash.
Mais Buddy et Julie brillent autant dans leurs infidélités. Le premier semble se payer du bon temps en reprenant le What You Gonna Do Leroy? de Mel Tills avec rien moins que Robert Plant (les deux se sont connus lors du disque de Plant avec Alison Krauss) puis aussitôt nous brise le coeur sur Hush, Sorrow avec Regina McCrary. Patty Griffin trouve la juste mesure pour accompagner la seconde sur le bouleversant Don't Say Goodbye. Il suffit de peu à Julie Miller pour nous remuer et c'est donc seule qu'elle empoigne le jazzy A Long, Long Time et l'éthéré Everytime We Say Goodbye.
Buddy & Julie Miller - Ellis County (MP3) Buddy & Julie Miller - Don't Say Goodbye (with Patty Griffin) (MP3)
C'est la mort rapprochée de la mère et du frère de Julie Miller qui a nourri tous ces morceaux - par conséquent pratiquemment tous signés de sa plume. Mais à aucun moment la douleur ne l'emporte sur le réconfort et l'espoir. C'est dire tout l'amour et la foi que Buddy et Julie Miller placent dans leur musique.
Il aura fallu attendre le 5ème album de Neko Case pour la voir enfin écrire une chanson d'amour... dont le protagoniste est une tornade mais une chanson d'amour quand même. La tornade détruit tout sur son passage, dans la quête obsessionnelle et vaine de l'objet de son affection. Attention ceci n'est pas une métaphore : Neko Case s'en défend interview après interview et demande à ce qu'on prenne This Tornado Loves You au pied de la lettre.
Neko Case - This Tornado Loves You (MP3)
Ce n'est pas une nouveauté la chanteuse rousse a un rapport particulier avec la nature et les animaux. Tigres, volatiles, renards, lions et insectes peuplaient déjà ses albums précédents. Middle Cyclone serait à prendre comme l'aboutissement de ses obsessions sur l'éternelle lutte entre la nature et la culture, l'inné et l'acquis : "Things like animals and nature, they're located in the tender receptor of my brain. And I'm just now trying to come to terms with the notion of loving people as much as I love those other things - because I grew up in a way that made me love the one but not the other."
Neko Case - I'm An Animal (MP3)
L'album contient trop de beaux moments pour tous les citer mais quand même... People Got A Lotta Nerve et ses guitares byrdsiennes, I'm An Animal ("you could say it's my instinct/yes, i still have one") avec Carl Newman aux choeurs, la grandiloquence de Never Turn Your Back On Mother Earth (reprise de Sparks pile-poil dans le sujet), l'enchevêtrement de pianos sur le Don't Forget Me de Harry Nillsson...
Comme d'accoutumée un casting de choix - M Ward, Garth Hudson, Kelly Hogan, Jon Ronhause, Sarah Harmer, des membres des New Pornographes, des Lobos, de Calexico ou Giant Sand - est réuni pour servir les vers obscurs et la voix immense de Neko Case.
Bonne nouvelle, Neal Casal a tourné la page pop presque pompeuse entamée avec No Wish To Reminisce. Sur Roots & Wings, le songwriter américain revient à ce qu'il sait le mieux faire, un folk simple et discret mais méticuleusement ouvragé.
Certains grincheux pointent la monotonie de l'ensemble mais ils se trompent. Ce disque n'est pas monotone, il est juste régulier dans la beauté. On appréciera Roots & Wings au fil des écoutes; la patience de l'auditeur paiera, des trésors insoupçonnés lui seront révélés : The Losing End Again, The Cold & The Darkness, Cold Waves, Chasing Her Ghost... Le compagnon de route de Ryan Adams a peut-être bien signé là son meilleur album.
C'est un vent de révolte qu'a fait souffler Jamey Johnson sur Nashville en débarquant l'année dernière avec pour seul bagage ses fêlures d'ex-taulard viré par sa femme. That Lonesome Song - c'est l'objet du délit - est un manifeste outlaw comme seules les années 70 avaient su en faire naître, entre dépression et rédemption, loin du conformisme de rigueur dans la country mainstream.
Johnson y rend compte de sa descente aux enfers entre drogues, prostituées et séjours en prison (High Cost of Living, de la trempe des plus grands), y témoigne des affres de son statut de songwriter pour stars poussé à la porte de tous les labels (That Lonesome Song, Stars in Alabama) et nous dresse le constat tour à tour acerbe et nostalgique d'un divorce et de ses dommages collatéraux (Angel, Mowin' Down the Roses).
Le chanteur conclut cette magistrale démonstration en nous tendant une belle perche : Between Jennings and Jones, c'est effectivement là où se situe alphabétiquement et surtout stylistiquement Jamey Johnson. Nul doute qu'Ol' Waylon (dont Johnson reprend ici 2 chansons) l'aurait reconnu comme l'un des siens.
Lorsque Jody de When You Awake m'a demandé de lui faire une compilation de ce que je considérais comme être le meilleur du country-folk en France, j'ai d'abord été enthousiasmé. Puis j'ai paniqué. Car si on y réfléchit bien il y a, en nos contrées, peu d'artisans du genre à s'être affranchi des clichés et qu'on n'aurait pas honte de présenter à nos cousins américains qui en la matière n'ont de leçon à recevoir de personne. Donc en dénicher 10 dignes d'intérêt ne fut finalement pas si facile. Mais s'il y en a un - parmi 2 ou 3 autres - à qui j'ai pensé immédiatement c'est bien David Fakenahm.
En admettant qu'il existe ou qu'il ait jamais existé une scène alt-country en France, David Fakenahm en serait indiscutablement le fer de lance. Comme ses meilleurs représentants d'outre-atlantique, il en cultive l'éclectisme et l'indispensable ouverture d'esprit. L'alternative country est le genre bâtard par excellence, le théâtre des associations les plus iconoclastes, ce qui sied bien à Fakenahm : de Sonic Youth à Gene Clark, en passant par Mark Kozelek et Teenage Fanclub, son panthéon musical n'est pas monolithique. Et puis n'a-t-il pas débuté dans un groupe metal (Wicked Sandbox), bifurqué dans une formation power-pop (In Limbo) avant de virer songwriter multicasquettes? En somme, le parcours d'un troubadour en puissance.
Back From Wherever était un album pop tout en guitares triomphantes. Pour son nouvel opus baptisé Here and Now, David Fakenahm a voulu d'un "album terrien, qui sent la paille, le bois et la boue". De fait, ces 12 morceaux sont des chansons folk dans l'âme mais Fakenahm ne s'est pas contenté de les habiller d'une guitare acoustique.
Bien qu'autoproduit, Here and Now est un album superbement réalisé, en face duquel des productions aux moyens biens supérieurs font pâle figure. Terrien peut-être mais alors le regard résolument porté vers le ciel et les étoiles. Car chaque titre réserve son lot de surprises, d'arrangements savants et de subtiles fioritures.
Ce paysage sonore fait de guitares, douces ou ténébreuses, de choeurs fantomatiques, d'orgues, de violons et de percussions délicates permet d'unifier et de magnifier ce qui est reste après tout l'essentiel : les compositions, toutes ici excellentes.
Citons au hasard l'entêtant The Man Who Told Stories et sa partie de clapements de main qui lui donne un petit côté flamenco. Ou bien Ten Minutes Ago qui ouvre le disque sur un air de valse. Can You See Love...? - que les fans connaissent dans une version éloignée - bénéficie d'un relooking extrême : inondée de choeurs, la rengaine se transforme en une sorte de gospel froid à vous foutre des frissons. On frémit aussi plus loin à l'écoute du délicat tambourin qui referme No Talk No Love, du superbe solo de violon qui surplombe Forbid, ou des élégants bidouillages de Patchouli.
Autre point culminant de Here and Now, 21st Century Bitch évoque étrangement Tarnation - peut-être est-ce quelque chose dans la voix caverneuse, presque inhospitalière, de Fakenakm qui renvoie au chant mystérieux de Paula Frazer?
On soulignera enfin l'ironie à ne pas avoir titré la chanson la plus belle ici selon moi : Untitled #1 n'a peut-être pas de nom mais elle a une âme - comme tout cet album - et c'est ce qu'il y a de plus précieux.
Ce qui est bien avec le départ de Jason Isbell des Drive-By Truckers, c'est qu'on y a gagné au change. On n'a plus juste un seul excellent groupe mais désormais 2 remarquables formations oeuvrant pour le salut du rock du sud et bien au-delà.
Le 2ème album de Jason Isbell - cette fois-ci avec le 400 Unit crédité au générique - n'atteint peut-être pas les sommets de Brighter Than Creation's Dark ni même la qualité des opus auxquels il participa avec DBT, néanmoins c'est une réussite de plus à mettre à son crédit.
Enregistré au fameux studio FAME de Muscle Shoals, Jason Isbell and the 400 Unit confirme tous les talents d'écriture du bonhomme et en révèle même quelques faces cachées.
Les tonitruants Good, However Long et Soldiers Get Strange offrent du pur rock à la sauce sudiste - c'est le moins qu'on pouvait attendre de la part d'Isbell. Soldiers Get Strange touche particulièrement en évoquant le sentiment d'exclusion et de décalage d'un soldat tentant de revenir à la vie civile - à mettre en écho avec Dress Blue, sur son premier album, déjà incroyablement poignant sur un sujet proche.
Moins prévisibles peut-être, Seven-Mile Island, Sunstroke et Streetlights sont des mid-tempos méditatifs qui bénéficient de superbes arrangements.
Jason Isbell and the 400 Unit - Streetlights (MP3)
Mais ce qu'on retiendra en premier de l'album, ce sont les vibrations country-soul qui en émane. Probablement inspiré par les lieux de l'enregistrement, Isbell donne son meilleur vocalement et son groupe se transcende sur les excellents Cigarettes and Wine, The Blue et le jouissivement soul No Choice in the Matter.
Jason Isbell and the 400 Unit - The Blue (MP3) J'ai changé d'avis, pour mieux apprécier l'aspect soul de l'album, écoutez plutôt ça : Jason Isbell and the 400 Unit - No Choice in the Matter (MP3)
L'album se referme le crépusculaire The Last Song I Will Write. Sa dernière chanson? C'est bien la seule fois qu'on ne prendra pas Isbell au sérieux.
Groupe mythique de l'underground américain, les Flat Duo Jets pratiquaient un imposant rockabilly-punk connu pour avoir influencé les White Stripes. Resté plutôt actif depuis le split du groupe à la fin des années 90, Dexter Romweber nous revient sous la forme d'un duo, cette fois-ci formé avec sa soeur Sara (également à la manoeuvre en son temps au sein d'une autre formation mythique, Let's Active) : le Dex Romweber Duo, qui a sorti Ruins of Berlin en ce début d'année sur l'excellent label Bloodshot Records.
On se réjouira de voir d'emblée que c'est toujours autant le rock'n'roll des origines qui nourrit la musique de Romweber. Les percutants Lookout, Picture of You ou People distillent un surf-garage tendu que n'auraient pas renié les Flat Duo Jets. Ajoutez à cela la voix de Romweber qui a pris une belle ampleur et son jeu de guitare toujours abrasif et élégant, et l'on aurait assez de raisons de se réjouir du retour du rocker de Chapel Hill.
Or, sur Ruins of Berlin, Romweber se rêve en crooner de ses dames qu'il invite (Chan Marshall, Exene Cervenka et Neko Case duettisent avec le duo) ou qu'il reprend (le morceau-titre fut popularisé par Marlene Dietrich) et s'entiche d'un certain folklore européen (Polish Work Song, Ruins of Berlin). A sa manière, intime (Love Letters, Still Around), dramatique (Oh Lover's Gone, Camelia's Gone) ou acérée (Grey Skies), Ruins of Berlin exhale le romantisme de tous ses pores.
J'avais envie de revenir sur cet album qui ne me lâche pas depuis le début de l'année. Eric Brace et Peter Cooper ont manifestemment pris un plaisir fou à enregistrer ces chansons qu'ils aiment en tant que fans et connaisseurs. Pour nous c'est l'occasion de ressortir de nos étagères certains originaux comme le Just The Other Side of Nowhere de Kris Kristofferson, I Know Better Now de Jim Lauderdale (ci-dessous la version de Kelly Willis) ou Yesterdays and Used to Be's de Todd Snider. Mais aussi de nous pencher sur des songwriters moins connus (Kevin Gordon, Karl Straub) et de croiser les doigts pour que bientôt le duo nous livre un disque entier de leurs originaux, car ceux présents sur You Don't Have To Like Them Both sont loin de faire pâle figure (I Know a Bird, Lucky Bones).
Kris Kristofferson - Just The Other Side of Nowhere (MP3) Kelly Willis - I Know Better Now (MP3)
Eric Brace & Peter Cooper - I Know Better Now (MP3) Eric Brace & Peter Cooper - I Know a Bird (MP3)
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